Un colocataire ne paie plus sa part du loyer : quels recours pour le propriétaire ?
Trois colocataires occupent le logement, mais l’un d’eux cesse de verser sa part. Pour le propriétaire, le réflexe ne doit pas être de traiter automatiquement la situation comme un impayé locatif classique.
Lorsqu’un colocataire ne paie plus sa part du loyer, les recours dépendent d’abord du contrat : bail unique avec clause de solidarité, bail unique sans solidarité ou baux individuels.
Cette différence détermine qui peut être poursuivi, si les autres colocataires peuvent être sollicités, quelle caution appeler et comment enclencher la procédure sans fragiliser le dossier.

Colocataire ne paie plus sa part du loyer : la réponse rapide
Bail unique avec solidarité : le propriétaire peut réclamer la part manquante à un autre colocataire solidaire, car chacun peut être tenu de l’ensemble du loyer dû.
Bail unique sans solidarité : chaque colocataire reste redevable de sa propre part. Le bailleur ne peut pas demander aux autres de couvrir la dette sur le seul fondement du bail. La part manquante constitue néanmoins un impayé dans l’exécution du bail unique et doit être traitée contre le colocataire défaillant.
Baux individuels : l’impayé concerne uniquement le contrat du colocataire défaillant. Les autres occupants ne sont pas responsables de sa dette.
Première étape : relire le bail avant de relancer tout le monde
Une même absence de paiement peut produire trois situations juridiques très différentes.
| Type de bail | Qui doit la part impayée ? | Recours principal du bailleur |
|---|---|---|
| Bail unique + solidarité | Le colocataire défaillant, avec possibilité de réclamer aux autres solidaires | Relance du débiteur + mobilisation de la solidarité |
| Bail unique sans solidarité | Le colocataire défaillant pour sa part | Recours ciblé contre lui et sa caution éventuelle |
| Baux individuels | Le titulaire du bail concerné | Procédure sur son contrat uniquement |
Ce contrôle évite une erreur fréquente : réclamer la totalité de la dette aux colocataires restants alors que le bail ne contient aucune clause de solidarité.
Le type de bail détermine aussi la façon de documenter les sommes effectivement réglées. En colocation, il faut notamment savoir s’il faut remettre une quittance à chaque colocataire ou une quittance pour l’ensemble du logement, et distinguer cette situation d’un paiement seulement partiel.
Bail unique avec clause de solidarité : que peut réclamer le propriétaire ?
Avec une clause de solidarité, chaque colocataire peut être tenu du paiement de l’ensemble du loyer et des charges dus au bailleur.
Si l’un d’eux ne paie plus sa part, le propriétaire peut donc demander à un ou plusieurs colocataires solidaires de régler la somme manquante, sans attendre que la dette augmente.
La solidarité protège le bailleur vis-à-vis du paiement. Elle ne signifie pas que la dette disparaît pour le colocataire défaillant : les colocataires qui ont payé à sa place peuvent ensuite exercer leurs propres recours entre eux.
Pour le fonctionnement complet de cette clause, consultez notre guide sur la clause de solidarité en colocation.
Colocataire ne paie plus sa part du loyer sans solidarité : qui doit payer ?
Non, pas sur le seul fondement du bail. Lorsque le contrat unique ne prévoit pas de solidarité, chaque colocataire reste redevable de sa propre part du loyer et des charges.
Le propriétaire doit alors cibler le colocataire défaillant et, selon le dossier, sa caution ou la garantie qui couvre son engagement.
Même si les autres colocataires ne peuvent pas être contraints à payer sa part en l’absence de solidarité, le bailleur constate bien un défaut de paiement dans le cadre du contrat unique. Si la dette persiste et qu’une résiliation est envisagée, la procédure doit donc être préparée avec soin à l’égard des cotitulaires concernés.
Menacer les autres colocataires de leur faire supporter automatiquement la dette alors qu’aucune clause contractuelle ne prévoit cette responsabilité.
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Et avec des baux individuels par chambre ?
La situation est plus simple : chaque colocataire dispose de son propre contrat et le montant de son loyer est indiqué dans ce bail.
Si un occupant ne paie plus, les autres colocataires ne sont pas solidaires de sa dette. Le propriétaire traite l’impayé sur le seul contrat concerné.
Le dossier à isoler contient :
- le bail individuel ;
- l’échéancier et le montant impayé ;
- les relances envoyées ;
- la caution ou garantie attachée à ce locataire ;
- les justificatifs de paiements reçus ou manquants.
Que faire quand un colocataire ne paie plus sa part du loyer ?
Quand un colocataire ne paie plus sa part du loyer, le propriétaire ne doit pas attendre plusieurs mois pour clarifier la situation.
- Vérifier le montant : rapprocher le loyer attendu du paiement réellement reçu.
- Identifier le débiteur : déterminer quel colocataire n’a pas payé sa part.
- Relancer par écrit : demander le règlement rapidement et conserver la réponse.
- Vérifier la solidarité : savoir si les autres colocataires peuvent être sollicités.
- Contrôler les garanties : caution, Visale ou assurance éventuelle.
- Formaliser : si l’impayé persiste, passer à une démarche plus formelle sans laisser grossir la dette.
Pour la procédure générale d’impayé, consultez notre guide principal sur que faire lorsqu’un locataire ne paie plus son loyer.
Colocataire ne paie plus sa part du loyer : peut-on appeler sa caution ?
Oui, si un acte de cautionnement valable couvre les dettes du colocataire concerné.
La portée de l’engagement dépend de l’acte signé. En colocation, il est particulièrement important de vérifier quel colocataire est garanti et si la caution est simple ou solidaire.
Avec un bail unique comportant une solidarité, la rédaction de la caution peut également élargir la portée de l’engagement. Le bailleur doit donc relire l’acte au lieu de supposer que tout garant couvre automatiquement tout le groupe.
Et si le dossier est couvert par Visale ?
Si Visale couvre le bail ou le colocataire concerné, le propriétaire doit respecter les conditions et délais du dispositif pour déclarer l’impayé.
Il ne faut pas attendre que la dette devienne importante pour vérifier le contrat de cautionnement et le dossier actif.
Retrouvez les seuils et la procédure dans notre guide : quand et comment déclarer un impayé à Visale.
Quand passer au commandement de payer ?
Si les relances et solutions amiables n’aboutissent pas, le propriétaire peut faire délivrer un commandement de payer par un commissaire de justice dans le cadre de la clause résolutoire du bail.
L’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit actuellement un délai de six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux avant que la clause résolutoire puisse produire effet.
Si le bailleur veut pouvoir faire constater la résiliation à l’encontre de plusieurs cotitulaires du bail unique, le commandement doit être signifié à chacun des cotitulaires concernés. Une décision de la Cour de cassation du 7 juillet 2016 illustre qu’une clause résolutoire ne pouvait être constatée, à ce stade de la procédure, qu’à l’encontre des cotitulaires ayant reçu le commandement dans les conditions requises.
Lorsqu’une caution garantit les obligations du locataire, l’article 24 prévoit aussi que le commandement lui soit signifié dans les quinze jours suivant sa signification au locataire. À défaut, la caution ne peut notamment être tenue au paiement des pénalités ou intérêts de retard.
En pratique, demandez au commissaire de justice de vérifier la liste exacte des cotitulaires et cautions à viser selon le bail et les actes de cautionnement.
Le bailleur peut-il exclure uniquement le colocataire qui ne paie pas ?
Il ne faut pas « supprimer » un colocataire du bail ou reprendre sa chambre unilatéralement parce qu’il ne paie plus.
En bail unique, la situation doit être gérée dans le cadre du contrat collectif et de la procédure applicable. Avec un bail individuel, l’action porte sur le contrat du colocataire défaillant.
Le propriétaire doit donc distinguer la recherche du paiement, l’activation d’une garantie et l’éventuelle résiliation du bail : ce sont trois sujets différents.
Quelles preuves conserver ?
- bail et éventuelle clause de solidarité ;
- actes de cautionnement ;
- relevé des loyers attendus et reçus ;
- preuve de la part manquante ;
- relances et réponses des colocataires ;
- accords de paiement éventuels ;
- contrat Visale ou assurance ;
- actes délivrés par le commissaire de justice.
Une dette de loyers ou charges locatives peut en principe être réclamée pendant trois ans. Cela ne justifie pas d’attendre : plus l’impayé est traité tôt, plus les options amiables restent ouvertes.
Questions fréquentes : un colocataire ne paie plus sa part du loyer
Les autres colocataires doivent-ils payer à sa place ?
Oui si le bail unique contient une clause de solidarité permettant au bailleur de réclamer l’ensemble du loyer à chaque colocataire. Sans solidarité ou avec des baux individuels, ils ne sont pas automatiquement responsables de sa part.
Le propriétaire doit-il relancer uniquement le colocataire défaillant ?
Il faut toujours identifier et relancer le débiteur. En présence d’une clause de solidarité, le bailleur peut également solliciter les autres colocataires solidaires pour la somme manquante.
Peut-on réclamer la dette à son garant ?
Oui si un acte de cautionnement valable couvre le colocataire et la dette concernés. La portée exacte dépend de l’acte signé.
Que se passe-t-il avec des baux individuels ?
L’impayé reste attaché au bail du colocataire concerné. Les autres occupants ne sont pas solidaires de sa dette.
Combien de temps le bailleur peut-il réclamer un loyer impayé ?
Une dette de loyers ou charges locatives peut en principe être réclamée pendant trois ans.
Quand faut-il faire délivrer un commandement de payer ?
Lorsque les relances et solutions amiables échouent, le commandement de payer permet d’engager formellement la procédure prévue par le bail et la loi. Si la résiliation est recherchée contre plusieurs cotitulaires, chacun des cotitulaires concernés doit recevoir le commandement ; les cautions doivent également être notifiées dans le délai prévu par l’article 24.
Conclusion
Lorsqu’un colocataire ne paie plus sa part du loyer, le propriétaire doit d’abord lire le bail avant de choisir son recours.
Avec une clause de solidarité, les autres colocataires peuvent être sollicités pour la somme manquante. Sans solidarité ou avec des baux individuels, l’action doit rester ciblée sur le colocataire défaillant et ses garanties.
Dans tous les cas, la rapidité, la traçabilité des relances et la vérification des cautions ou garanties évitent qu’un impayé individuel devienne une dette difficile à récupérer.
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Sources utiles
- ANIL — Colocation avec un contrat unique : paiement et solidarité
- ANIL — Colocation avec plusieurs contrats
- Service Public — Caution en colocation avec bail unique
- Légifrance — Loi du 6 juillet 1989, article 24 : impayés et commandement de payer
- Service Public — Prescription des loyers et charges impayés
